Le halving fait-il monter le bitcoin ? Corrélation ≠ cause
- Le halving tombe tous les quatre ans avec une régularité mécanique, mais le délai entre chaque halving et le sommet du cycle suivant varie de 12 à 18 mois — un écart de 6 mois qu'un calendrier fixe ne peut pas expliquer.
- Une corrélation répétée trois fois n'est pas une preuve de causalité : deux courbes qui montent ensemble ne prouvent rien.
- Une cause précède toujours son effet. Pour trouver ce qui fait bouger le marché, il faut chercher les variables qui bougent avant lui, pas en même temps que lui.
- La liquidité mondiale prend historiquement 2 à 3 mois d'avance sur le bitcoin : c'est le type de variable qui se comporte comme une cause, pas comme une coïncidence.
- Le cycle de 4 ans reste utilisable comme boussole historique — à condition de ne jamais le confondre avec une garantie.
Non, le halving ne suffit pas à expliquer les hausses du bitcoin. Trois halvings suivis de trois marchés haussiers, c’est une corrélation — pas une preuve de cause à effet. L’indice qui trahit le raccourci : le halving revient tous les quatre ans avec une précision d’horloge, mais le délai entre chaque halving et le sommet du cycle suivant a varié de 12 à 18 mois. Un calendrier fixe ne peut pas produire, à lui seul, des effets à retardement variable. Pour comprendre ce qui fait vraiment bouger le marché, il faut chercher ailleurs — du côté de ce qui bouge avant lui.
Qu’est-ce que le halving du bitcoin ?
Le halving est un événement programmé dans le code du bitcoin qui divise par deux, environ tous les quatre ans, la récompense versée aux mineurs pour chaque bloc validé. Il réduit donc le rythme de création des nouveaux bitcoins — c’est le mécanisme qui rend l’offre de plus en plus rare au fil du temps.
Il y en a eu quatre à ce jour : novembre 2012, juillet 2016, mai 2020 et avril 2024. Et à chaque fois, le scénario semble se répéter : dans les mois qui suivent, le marché finit par monter fortement. De là est née l’une des croyances les plus répandues de l’écosystème : le halving causerait les marchés haussiers.
C’est cette croyance que Jonathan Nowak passe au test dans sa vidéo du 21 juillet 2026. Et le test ne lui est pas favorable.
Pourquoi trois hausses après trois halvings ne prouvent-elles rien ?
Parce qu’une coïncidence qui se répète reste une coïncidence tant qu’on n’a pas identifié le mécanisme — et que le détail des chiffres contredit l’explication par le calendrier. Le halving tombe à intervalle fixe ; les sommets de marché, eux, arrivent avec un retard qui change à chaque cycle.
Voici le décompte présenté dans la vidéo, rapproché des dates publiques de chaque cycle :
| Halving | Sommet du cycle suivant | Délai halving → sommet |
|---|---|---|
| Novembre 2012 | Fin 2013 | ~12 mois |
| Juillet 2016 | Décembre 2017 | ~17 mois |
| Mai 2020 | Novembre 2021 | ~18 mois |
Le calendrier, lui, ne bouge jamais — il est d’une ponctualité que votre train de 7 h 42 lui envierait. Mais le délai varie de 6 mois d’un cycle à l’autre. Si le halving était le moteur direct des hausses, on attendrait un effet à peu près constant. Ce n’est pas ce que montrent les données.
La formule de Jonathan dans la vidéo résume l’idée : « Deux courbes qui montent ensemble, ça prouve rien. Ce qui se répète, ça explique pas. »
Trois répétitions, c’est d’ailleurs un échantillon minuscule. En statistique, personne ne validerait un lien de cause à effet sur trois observations — surtout quand ces trois observations se sont produites dans des contextes monétaires à chaque fois différents.
Comment distingue-t-on une vraie cause d’une coïncidence ?
Une cause précède toujours son effet. C’est le critère que propose Jonathan : plutôt que de regarder ce qui monte en même temps que le marché, chercher ce qui bouge avant lui — avec suffisamment d’avance et de régularité pour avoir une valeur d’anticipation.
Et c’est là que la liquidité mondiale entre en scène. Dans sa vidéo du 20 juillet 2026, Jonathan montre que la croissance de la liquidité mondiale d’une année sur l’autre précède les mouvements du bitcoin de 2 à 3 mois environ. Son exemple : cette croissance a plafonné fin février 2026 avant de chuter ; deux à trois mois plus tard, à la mi-mai, le bitcoin décrochait à son tour de son sommet de l’année.
Une variable qui prend systématiquement de l’avance sur le marché se comporte comme une cause candidate. Un événement à date fixe suivi d’effets à retardement variable se comporte comme un décor. Concrètement : dans le premier cas, vous avez un indicateur à surveiller ; dans le second, un calendrier à encadrer au mur.
Le mécanisme économique est cohérent avec cette lecture : quand la monnaie disponible dans le système financier augmente, une partie ruisselle vers les actifs risqués — et le bitcoin y est particulièrement sensible, comme le détaille l’article sur la liquidité mondiale et le bitcoin. Le halving, lui, joue sur l’offre nouvelle de bitcoins, qui ne représente qu’une fraction des volumes échangés chaque jour.
Pourquoi la confusion s’est-elle installée ?
Parce que le calendrier du halving a longtemps coïncidé avec le calendrier monétaire mondial — les halvings sont tombés à des moments où la liquidité repartait aussi. Quand deux horloges sonnent presque en même temps, on attribue le réveil à celle qu’on voit.
Jonathan le formulait déjà dans sa vidéo du 20 juillet 2026 : l’explication par le halving « pouvait être vraie en 2013 », quand le marché était minuscule et l’offre nouvelle proportionnellement importante. Mais le marché a changé d’échelle. Ce qui fait bouger le prix aujourd’hui, ce sont les grands flux monétaires — pas la réduction programmée de quelques centaines de bitcoins émis par jour.
Il y a aussi une raison plus humaine : le récit du halving est confortable. Il donne un rendez-vous, une date, une promesse implicite de répétition. Le cerveau adore les histoires à date fixe — c’est le même mécanisme qui pousse à chercher des figures dans les nuages, décrit dans la psychologie de l’investisseur.
Faut-il jeter le cycle de 4 ans à la poubelle ?
Non — mais il faut le rétrograder du rang de loi au rang de repère historique. C’est la position documentée de Jonathan : il utilise le référentiel cyclique comme boussole, jamais comme carte, et il l’assortit toujours de la même réserve : ça s’est vérifié dans le passé, rien ne garantit que ça continuera.
La distinction est concrète :
- Le cycle comme carte : « le sommet tombera X mois après le halving » — une prédiction datée, que les écarts de 12 à 18 mois suffisent à disqualifier.
- Le cycle comme boussole : « historiquement, les marchés crypto alternent des phases longues de hausse et des phases de baisse » — une lecture de régimes, qui s’appuie sur les causes réelles (liquidité, taux, régimes économiques) plutôt que sur une date anniversaire.
La deuxième lecture n’a pas le charme d’un rendez-vous tous les quatre ans. Elle a un autre avantage : elle regarde les variables qui bougent avant le marché, celles qui peuvent réellement vous renseigner.
Ce qu’il faut retenir — et le réflexe à garder
La prochaine fois qu’on vous présentera deux courbes qui montent ensemble comme une preuve, posez la seule question qui compte : laquelle bouge en premier ? Une cause précède son effet ; une coïncidence se contente de lui tenir compagnie. Le halving tient compagnie aux cycles du bitcoin depuis 2012 — la liquidité mondiale, elle, les précède.
C’est tout l’enjeu du pilier Comprendre les cryptos : remplacer les récits confortables par les mécanismes réels. Vous perdrez quelques belles histoires. Vous y gagnerez une grille de lecture.
⚠️ Contenu à visée éducative et informative. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé ni une incitation à acheter ou vendre un actif. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Investir dans les crypto-actifs comporte un risque de perte partielle ou totale du capital.
Questions fréquentes
Le halving du bitcoin fait-il monter son prix ?
Pas directement. Les trois premiers halvings ont bien été suivis de hausses, mais avec des délais variant de 12 à 18 mois — un écart difficile à concilier avec une cause à date fixe. L'explication la plus cohérente avec les données passe par les conditions monétaires, en particulier la liquidité mondiale, qui précède historiquement les mouvements du bitcoin.
Quelle est la différence entre corrélation et causalité ?
Une corrélation est une relation statistique entre deux phénomènes qui évoluent ensemble. Une causalité implique que l'un produit l'autre. Le critère pratique pour les distinguer : une cause précède toujours son effet, alors qu'une simple corrélation peut être simultanée — ou due à un troisième facteur qui influence les deux.
Pourquoi le délai entre halving et sommet de cycle est-il un argument contre la causalité ?
Parce qu'un mécanisme à date fixe devrait produire des effets à délai à peu près constant. Or les sommets de cycle sont arrivés environ 12 mois après le halving de 2012, 17 mois après celui de 2016 et 18 mois après celui de 2020. Cette variation de 6 mois suggère qu'une autre variable, elle-même changeante, pilote le calendrier réel des cycles.
Qu'est-ce qui fait vraiment monter ou baisser le bitcoin ?
Aucun facteur unique n'explique tout, mais la liquidité mondiale — la quantité de monnaie disponible dans le système financier — est l'une des variables les plus suivies : ses variations précèdent historiquement celles du bitcoin de 2 à 3 mois. Les taux directeurs, le dollar et l'appétit pour le risque jouent aussi.
Le prochain halving sera-t-il encore suivi d'une hausse ?
Personne ne peut le garantir. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et l'échantillon — trois cycles complets — est trop petit pour établir une loi. La lecture la plus prudente consiste à surveiller les causes réelles, comme la direction de la liquidité mondiale, plutôt qu'une date anniversaire.
Dix questions, une minute. À la fin, une analyse bâtie sur vos réponses — pas un document type que tout le monde reçoit.
Voir mon analyse → Un e-mail, pas de spam, désinscription en un clic.