Krach boursier : ce que les 5 grands krachs ont en commun
- Un krach n'a pas de seuil officiel : le ministère de l'Économie le définit comme une chute brutale et de grande ampleur des cours d'une ou de plusieurs catégories d'actifs.
- Le Dow Jones a perdu 89 % entre le 3 septembre 1929 et le 8 juillet 1932, et n'a retrouvé son niveau de 1929 qu'en novembre 1954 (Federal Reserve History).
- Le 19 octobre 1987, le Dow Jones a chuté de 22,6 % en une séance ; moins de deux ans plus tard, les marchés américains avaient dépassé leurs sommets d'avant krach.
- Le Nasdaq Composite a perdu 77,9 % entre mars 2000 et octobre 2002 et a mis quinze ans à retrouver son sommet ; le S&P 500 a perdu 56,8 % entre octobre 2007 et mars 2009.
- Les cinq krachs suivent, à des degrés divers, la même séquence : une euphorie souvent financée à crédit, un choc, des ventes forcées, puis une capitulation. La violence de la pire séance ne dit rien de la durée de la réparation : 1987 a été effacé en deux ans, 1929 en vingt-cinq.
Un krach boursier ne se résume pas à sa pire journée. Les cinq grands krachs du siècle écoulé, 1929, 1973, 1987, 2000 et 2008, suivent, à des degrés divers, la même séquence : une euphorie souvent financée à crédit, un choc, des ventes forcées, puis une capitulation. La chute a duré d’une séance à trois ans ; le retour au sommet, de deux à vingt-cinq ans. C’est cette seconde durée, bien plus que la première, qui décide du sort d’une épargne.
Qu’est-ce qu’un krach boursier ?
C’est un effondrement rapide des cours, alimenté par un afflux de vendeurs que personne ne veut plus servir. Le mot ne correspond à aucun seuil officiel, contrairement à ce que laissent croire les gros titres.
Deux repères chiffrés existent tout de même, par convention de marché et non par règlement. On parle de correction quand un indice recule d’au moins 10 % depuis son sommet, et de marché baissier à partir de 20 %. Le krach ajoute une dimension que ces seuils ignorent : la vitesse. Perdre 20 % en dix-huit mois use les nerfs ; les perdre en une matinée déclenche autre chose, que les sections suivantes détaillent.
Quels sont les plus grands krachs de l’histoire ?
Cinq épisodes américains servent de référence, parce qu’ils sont les mieux documentés et qu’ils couvrent des causes très différentes. Le tableau donne l’ampleur de la chute, sa durée, et le temps qu’il a fallu pour revoir le sommet.
| Krach | Indice | Baisse du sommet au creux | Durée de la chute | Retour au sommet |
|---|---|---|---|---|
| 1929-1932 | Dow Jones | −89 % | 34 mois | novembre 1954, soit 25 ans |
| 1973-1974 | S&P 500 | −48 % | 21 mois | environ 7 ans et demi |
| 1987 | Dow Jones | −22,6 % en une séance (−36 % depuis le sommet d’août) | 1 séance (8 semaines depuis le sommet) | août 1989, soit un peu moins de 2 ans |
| 2000-2002 | Nasdaq Composite | −78 % | 31 mois | avril 2015, soit 15 ans |
| 2007-2009 | S&P 500 | −57 % | 17 mois | mars 2013, soit 5 ans et demi |
Sources : Federal Reserve History, FRED (série NASDAQCOM), Yardeni Research. Indices hors dividendes.
1929, la référence. Le Dow Jones culmine à 381,17 points le 3 septembre 1929. Le lundi 28 octobre, il perd près de 13 % ; le lendemain, près de 12 %. Le plus dur reste à venir : la baisse se poursuit par paliers jusqu’au 8 juillet 1932, à 41,22 points. Un épargnant entré au sommet a dû attendre le 23 novembre 1954 pour revoir son niveau de départ.
1973-1974, le krach lent. Pas de journée noire ici, mais vingt et un mois d’érosion. Le système monétaire de Bretton Woods vient de s’effondrer, puis l’embargo pétrolier d’octobre 1973 fait passer le baril de 2,90 à 11,65 dollars en janvier 1974. L’inflation américaine atteint 12,3 % sur un an en décembre 1974 (FRED, série CPIAUCNS). Le S&P 500 perd 48 %.
1987, le krach éclair. Le 19 octobre, le Dow Jones abandonne 508 points, soit 22,6 %, record qui tient toujours. L’indice avait gagné 44 % en sept mois ; depuis son sommet du 25 août, la baisse atteint 36 %. Des programmes de vente automatique, censés protéger les portefeuilles, ont accéléré la chute au lieu de l’amortir, relève Federal Reserve History. Les premiers robots de Bourse ont donc paniqué plus vite que les humains, ce qui n’est pas rien.
2000-2002, la bulle internet. Le Nasdaq Composite clôture à 5 048,62 points le 10 mars 2000 et à 1 114,11 points le 9 octobre 2002. Les entreprises existaient, internet aussi ; ce sont les prix payés qui n’avaient plus de rapport avec les bénéfices. Il a fallu attendre le 23 avril 2015 pour retrouver le sommet.
2007-2009, la crise financière. Le S&P 500 passe de 1 565,15 points le 9 octobre 2007 à 676,53 points le 9 mars 2009. La faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, transforme une baisse en panique mondiale. Le rôle des taux d’intérêt dans le gonflement puis l’éclatement de ces deux dernières bulles est décrit dans taux d’intérêt et bulles financières.
Qu’ont en commun ces cinq krachs ?
Une séquence en quatre temps, dans laquelle le déclencheur compte moins que l’état du marché au moment où il frappe. Un choc sur un marché peu endetté fait une mauvaise semaine ; le même choc sur un marché à crédit fait un krach.
- L’euphorie. Les prix montent depuis assez longtemps pour que la hausse paraisse normale. On emprunte pour acheter : actions à crédit en 1929, valeurs internet en 2000, immobilier américain avant 2008.
- Le choc. Une hausse de taux, une faillite, un embargo. Pris isolément, l’événement semble rarement à la hauteur des dégâts qui suivent.
- Les ventes forcées. Ceux qui ont emprunté doivent vendre pour rembourser, ce qui fait baisser les prix, ce qui oblige d’autres emprunteurs à vendre. La baisse s’alimente elle-même.
- La capitulation. Les derniers détenteurs lâchent prise, souvent près du point bas. Les volumes explosent, puis le marché se vide.
L’économiste John Kenneth Galbraith en a tiré une phrase, dans son récit de 1929 :
« Des hommes ont été escroqués par d’autres hommes en maintes occasions. L’automne 1929 fut peut-être la première fois où des hommes réussirent, à grande échelle, à s’escroquer eux-mêmes. »
John Kenneth Galbraith, The Great Crash, 1929 (1955), traduction libre.
La phrase a plus de soixante-dix ans et décrit sans retouche l’année 2000. Elle rappelle que la dernière étape, celle de la capitulation, est d’abord une affaire de comportement : les réflexes qui poussent à vendre au pire moment sont les mêmes d’un siècle à l’autre.
Combien de temps dure un krach boursier ?
La chute va d’une séance à près de trois ans, mais c’est la réparation qui coûte : de moins de deux ans après 1987 à vingt-cinq ans après 1929. Dans les cinq cas, le retour au sommet a pris de quatre à treize fois la durée de la chute, et les chutes les plus longues ont précédé les réparations les plus longues.
Le cas le plus récent va dans le même sens. En 2020, le S&P 500 a perdu 33,9 % en 33 jours, entre le 19 février et le 23 mars, puis a retrouvé son sommet le 18 août, six mois après le pic (FRED). La chute la plus courte, du sommet au creux, a aussi été la plus vite effacée.
Sur longue période, Hartford Funds et Ned Davis Research comptent 27 marchés baissiers du S&P 500 depuis 1928, dont 15 depuis 1945, avec une perte moyenne de 35 % et une durée moyenne de 289 jours (données arrêtées à fin mars 2025). Ces moyennes aident à situer un épisode ; elles ne prédisent pas le suivant, puisque 1929 et 2020 entrent dans le même calcul.
Depuis 1988, en réponse au krach de 1987, les Bourses américaines disposent d’un garde-fou : des coupe-circuits. Les cotations s’arrêtent quinze minutes quand le S&P 500 recule de 7 %, puis de 13 % dans la journée, et jusqu’à la clôture à 20 %, selon la SEC. Ils se sont déclenchés quatre fois en mars 2020. Leur objet est modeste : donner un quart d’heure à tout le monde pour respirer.
Un krach en crypto, est-ce différent ?
Le mécanisme est le même, la vitesse non. Le marché des cryptomonnaies cote sept jours sur sept, sans coupe-circuit, avec un effet de levier largement accessible aux particuliers : les ventes forcées s’y enchaînent en heures plutôt qu’en semaines.
Quelques repères sur le bitcoin, en clôtures Coinbase publiées par FRED :
- 12 mars 2020 : de 7 957 à 4 980 dollars en une journée, soit −37 %.
- Novembre 2021 à novembre 2022 : de 67 510 à 15 756 dollars, soit −77 %.
- Octobre 2025 à juin 2026 : de 124 720 à 58 586 dollars, soit −53 %.
L’étape des ventes forcées y porte un nom, la liquidation. Le 10 octobre 2025, plus de 19 milliards de dollars de positions à effet de levier ont été soldées en vingt-quatre heures, un record selon le rapport annuel de CoinGlass. Aucun de ces vendeurs n’avait décidé de vendre ce jour-là : leur plateforme l’a fait pour eux.
Que change un krach pour un investisseur de long terme ?
Il change l’arithmétique avant de changer le moral. Une perte de 50 % exige un gain de 100 % pour revenir au point de départ, et après les 89 % de 1929 il fallait multiplier sa mise par plus de neuf : c’est l’asymétrie des pertes, et elle explique les vingt-cinq ans d’attente.
Le second effet est comportemental. Le rendement que touche réellement un investisseur dépend du moment où il vend, et les krachs sont les moments où l’on vend le plus mal, comme le mesure l’article sur la vente dans la panique. Dans sa vidéo YouTube du 22 août 2026, où il oppose la stratégie aux émotions, Jonathan Nowak le formule ainsi : « On peut avoir des convictions mais pas de certitude. » Un plan écrit avant la chute sert à cela : savoir déjà, le jour où l’écran devient rouge, ce qui était prévu.
Ces constats sont généraux et éducatifs. Ils ne disent pas quoi faire d’un portefeuille donné, qui dépend d’un horizon, de revenus et d’une tolérance au risque que seul son détenteur connaît.
Quelles sont les limites de ces comparaisons ?
Cinq krachs ne font pas une loi. Les comparer éclaire un mécanisme, sans fournir de calendrier.
- L’échantillon est minuscule et américain. Les indices cités ici ont tous fini par retrouver leur sommet, ce qui n’a rien d’une garantie : au Japon, le Nikkei 225 a mis trente-quatre ans à dépasser son record de décembre 1989, en février 2024.
- La séquence ne s’applique pas partout avec la même netteté. En 1973-1974, le crédit et les ventes forcées jouent un rôle secondaire : la baisse vient surtout de l’inflation, du pétrole et de la récession.
- Les indices sont donnés hors dividendes. Dividendes réinvestis, le retour au niveau de départ a été plus rapide que ne l’indique le tableau, notamment après 1929.
- Le sommet est le pire point d’entrée possible. Un épargnant qui investit régulièrement n’achète pas tout au plus haut ; son délai de récupération réel est plus court.
- Les règles ont changé. Coupe-circuits, assurance des dépôts, interventions des banques centrales : le marché de 2026 n’est pas celui de 1929. Cela ne supprime pas les krachs, cela en modifie la forme.
La question à se poser avant le prochain
Personne ne sait quand viendra le prochain krach, ni d’où. Ce que l’histoire montre, en revanche, tient en peu de mots : les grands krachs ont frappé des marchés confiants et souvent endettés, et la durée de la réparation a dépendu de l’excès des prix au sommet et de ce qui avait été cassé dans l’économie, pas de la violence de la pire séance.
La question utile n’est donc pas « quand ? ». C’est : quelle part de votre épargne pourriez-vous laisser intacte pendant cinq ans sans avoir besoin d’y toucher ? Ce qui dépasse cette part est ce qu’un krach peut réellement vous prendre. La suite de la grille se trouve dans le pilier Comprendre les cryptos.
⚠️ Contenu à visée éducative et informative. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé ni une incitation à acheter ou vendre un actif. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Investir dans les crypto-actifs comporte un risque de perte partielle ou totale du capital.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un krach boursier ?
Un krach boursier est une chute brutale et de grande ampleur des cours sur un ou plusieurs marchés financiers. Il n'existe pas de seuil officiel : le ministère de l'Économie précise que le terme n'est pas clairement défini. Par convention, on parle de correction à partir de 10 % de baisse et de marché baissier à partir de 20 %. Le krach y ajoute la vitesse.
Quel est le plus grand krach boursier de l'histoire ?
Celui de 1929 aux États-Unis. Le Dow Jones est passé de 381,17 points le 3 septembre 1929 à 41,22 points le 8 juillet 1932, soit une baisse de 89 %. L'indice n'a retrouvé son niveau de 1929 qu'en novembre 1954, vingt-cinq ans plus tard, d'après Federal Reserve History.
Combien de temps dure un krach boursier ?
La chute elle-même va d'une séance à près de trois ans : une journée en octobre 1987, 33 jours en 2020, environ 17 mois en 2007-2009, 34 mois après 1929. Le retour au sommet précédent est beaucoup plus variable : moins de deux ans après 1987, environ cinq ans et demi après 2007, quinze ans pour le Nasdaq après 2000.
Quelle est la plus forte baisse de la Bourse en une seule journée ?
Le 19 octobre 1987, surnommé le lundi noir : le Dow Jones a perdu 22,6 % en une séance, soit 508 points. C'est cet épisode qui a conduit les Bourses américaines à créer des coupe-circuits. Aujourd'hui, les cotations s'interrompent quand le S&P 500 recule de 7 %, 13 % puis 20 % dans la journée.
Un krach boursier entraîne-t-il toujours une crise économique ?
Non. Le krach de 1987 n'a pas été suivi d'une récession, et le Dow Jones a même terminé l'année en légère hausse. À l'inverse, 1929 et 2008 ont accompagné les deux plus graves crises économiques du siècle. Selon Hartford Funds et Ned Davis Research, le S&P 500 a connu 27 marchés baissiers depuis 1928 pour 15 récessions.
Les cryptomonnaies connaissent-elles des krachs comparables ?
Oui, en plus rapide. Le bitcoin a perdu 37 % en une journée le 12 mars 2020, et environ 77 % entre novembre 2021 et novembre 2022. Deux différences comptent : le marché crypto ne ferme jamais et n'a pas de coupe-circuit, et l'effet de levier y est très répandu, ce qui multiplie les ventes forcées.
Dix questions, une minute. À la fin, une analyse bâtie sur vos réponses — pas un document type que tout le monde reçoit.
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