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Dédollarisation : mythe ou réalité ? Les chiffres de 2026

Par Jonathan Nowak · Publié le 12 octobre 2026 · Mis à jour le 12 octobre 2026 · 9 min de lecture

✅ Ce qu'il faut retenir
  • La part du dollar dans les réserves de change mondiales est passée de 71 % en 1999 à 56,7 % au deuxième trimestre 2026 (FMI, données COFER).
  • Le yuan n'en a presque pas profité : il pèse 2,1 % des réserves mondiales, contre 20,6 % pour l'euro (FMI, deuxième trimestre 2026).
  • Les banques centrales ont acheté 1 092 tonnes d'or en 2024 et 863 tonnes en 2025, contre 473 tonnes par an en moyenne entre 2010 et 2021 (World Gold Council).
  • Sur le marché des changes, le dollar ne recule pas : il intervient dans 89,2 % des transactions de change, contre 88,4 % en 2022 (Banque des règlements internationaux, enquête 2025).
  • Plus de 99 % des stablecoins sont libellés en dollars (BRI, rapport annuel 2025) : la finance crypto étend l'usage du dollar plus qu'elle ne le concurrence.

La dédollarisation est réelle à un endroit précis : les réserves des banques centrales, où la part du dollar est passée de 71 % en 1999 à 56,7 % au deuxième trimestre 2026. Ailleurs, dans les transactions de change, la dette internationale ou les stablecoins, le dollar tient sa place, voire la renforce. Le mot décrit donc une diversification lente, surtout vers l’or, et non le remplacement d’une monnaie par une autre.

La dédollarisation, c’est quoi ?

C’est le recul durable de l’usage du dollar hors des États-Unis. Le terme recouvre quatre usages distincts, qui n’évoluent pas au même rythme : réserve des banques centrales, monnaie de facturation du commerce, monnaie de paiement, monnaie d’emprunt.

Dédollarisation : la dédollarisation est une baisse significative et durable de l'usage du dollar dans le commerce mondial et les transactions financières, selon la définition qu'en donne J.P. Morgan Research.

Cette distinction évite le contresens le plus fréquent : confondre le cours du dollar et son rôle. Le dollar a perdu plus de 10 % face aux grandes devises au premier semestre 2025, sa plus forte baisse depuis 1973 d’après le FMI. Il a regagné une partie de ce terrain en 2026. Ni l’un ni l’autre de ces mouvements ne dit quoi que ce soit sur la monnaie dans laquelle le monde commerce et épargne. Un dollar faible est une affaire de mois ; la dédollarisation, de décennies.

Le dollar recule-t-il vraiment dans les réserves mondiales ?

Oui, lentement. Sa part dans les réserves de change est passée de 71 % en 1999 à 56,7 % au deuxième trimestre 2026, selon les données COFER du Fonds monétaire international. Quatorze points en vingt-sept ans, soit environ un demi-point par an.

Le détail compte autant que la tendance :

  • 1999 : 71 %.
  • Fin 2020 : 59 %, un niveau que le FMI qualifiait alors de plus bas en vingt-cinq ans.
  • Premier trimestre 2026 : 57,2 %.
  • Deuxième trimestre 2026 : 56,7 %, pour l’euro 20,6 %, le yen 5,0 % et le yuan 2,1 %.

Deux observations tempèrent la lecture alarmiste. La première : le yuan ne ramasse pas la mise. À 2,1 %, la monnaie chinoise pèse près de dix fois moins que l’euro dans les coffres des banques centrales. Ce que le dollar a perdu s’est dispersé entre de nombreuses devises plus petites, et vers l’or.

La seconde tient à la comptabilité. Les réserves sont exprimées en dollars : quand le dollar baisse, la valeur des euros ou des yens détenus augmente mécaniquement, et la part du dollar recule sans qu’aucune banque centrale ait rien vendu. Le FMI l’a chiffré pour le deuxième trimestre 2025 : l’effet de change expliquait 92 % de la baisse apparente.

« Une grande partie de l’apparent mouvement de retrait du dollar dans les données COFER du deuxième trimestre s’explique par des effets de valorisation liés aux taux de change, plutôt que par des réallocations actives de portefeuille des banques centrales. »

Fonds monétaire international, blog du 1er octobre 2025 (traduction).

Pourquoi les banques centrales achètent-elles autant d’or ?

Parce que l’or est le seul actif de réserve qui n’est la dette de personne. Un lingot dans un coffre national ne peut être ni gelé ni dévalué par la décision d’un autre État, et cette propriété a pris de la valeur en février 2022.

Cette année-là, après l’invasion de l’Ukraine, les réserves de la banque centrale de Russie placées à l’étranger sont immobilisées : près de 300 milliards d’euros dans le monde, dont environ 210 milliards dans l’Union européenne, selon le Conseil de l’UE et le Parlement européen. Pour beaucoup de banques centrales, la leçon dépasse le cas russe. Une réserve détenue dans la monnaie d’un autre n’est disponible que tant que cet autre le veut bien.

Les achats d’or officiels changent alors d’échelle, d’après le World Gold Council :

PériodeAchats nets d’or des banques centrales
Moyenne 2010-2021473 tonnes par an
20241 092 tonnes
2025863 tonnes
1er semestre 2026345 tonnes

La Pologne a été le premier acheteur de 2025, avec 102 tonnes. Le mouvement n’est donc pas réservé aux adversaires de Washington. Le rythme ralentit toutefois : les 345 tonnes du premier semestre 2026 sont le plus faible premier semestre depuis 2022, selon la même source, malgré un rebond à 289 tonnes au deuxième trimestre.

La hausse du cours fait le reste. Selon le rapport de la BCE sur le rôle international de l’euro publié en juin 2026, l’or représentait 27 % des réserves officielles mondiales fin 2025, or et devises confondus, devant l’euro (15 %). C’est la partie la plus tangible de la dédollarisation, et aucune monnaie rivale n’y joue de rôle. La place de l’or comme actif défensif dans un patrimoine est abordée dans la règle 80/20 entre croissance et défense.

Les BRICS peuvent-ils remplacer le dollar ?

Pas avec une monnaie commune, qui n’existe pas et n’a été décidée par aucun sommet. Ce que les BRICS développent, ce sont des règlements dans leurs propres monnaies et des circuits de paiement qui évitent les banques américaines.

Le groupe, élargi en 2024 et 2025, rassemble désormais une dizaine de pays, de la Chine à l’Indonésie. Les déclarations de Rio, en juillet 2025, et de New Delhi, en septembre 2026, soutiennent le commerce en monnaies locales et l’interconnexion des systèmes de paiement. Aucune ne crée de devise partagée. Une monnaie commune suppose une banque centrale commune, donc de s’entendre sur qui fixe les taux pour l’Inde, la Chine et le Brésil à la fois. L’ordre du jour d’un tel comité serait intéressant à lire.

Reste le candidat naturel, le yuan. Il progresse dans les échanges : il intervient dans plus de 8 % des transactions de change en avril 2025, contre 7 % en 2022, selon la Banque des règlements internationaux, et environ 28 % du commerce de marchandises de la Chine s’est réglé en yuans en 2025, contre 12 % en 2018, d’après J.P. Morgan. Mais une monnaie de réserve doit pouvoir s’acheter et se vendre librement, en grande quantité, à tout moment. Les contrôles de capitaux chinois limitent précisément cela, et les 2,1 % du yuan dans les réserves mondiales en sont la traduction.

Les détenteurs de dette américaine racontent la même histoire en nuances. La Chine détenait 618 milliards de dollars de bons du Trésor en juillet 2026, moins de la moitié de son pic de 2013. Dans le même temps, le total détenu par l’étranger reste en légère hausse sur un an, à 9 248 milliards de dollars, d’après le Trésor américain. Un grand créancier s’allège, d’autres prennent sa place.

Où le dollar reste-t-il intouchable ?

Dans tout ce qui relève de la transaction plutôt que du stock. Pour changer une devise, emprunter à l’international ou émettre un jeton stable, le dollar reste le passage obligé, et sa part ne baisse pas.

UsagePart du dollarÉvolutionSource
Réserves de change56,7 % (T2 2026)71 % en 1999FMI
Transactions de change89,2 % (avril 2025)88,4 % en 2022BRI
Dette émise en devise étrangèreenviron 60 %stable depuis 2010Réserve fédérale
Stablecoinsplus de 99 %—BRI

Pour les transactions de change, le total des parts fait 200 % puisque chaque opération implique deux devises.

Le dernier chiffre est le plus contre-intuitif. Les cryptomonnaies sont nées, en partie, d’une défiance envers les monnaies d’État. Leur produit le plus utilisé est pourtant un dollar numérique : plus de 99 % des stablecoins sont libellés en dollars, relève la BRI dans son rapport annuel 2025. Les États-Unis l’ont compris et encadré, avec la loi GENIUS signée le 18 juillet 2025. Chaque épargnant qui, à Lagos ou à Buenos Aires, convertit sa monnaie locale en stablecoin étend l’usage du dollar là où aucune banque américaine n’est présente.

La Réserve fédérale en tire une conclusion sans surprise, mais étayée, dans son étude de juillet 2025 : le dollar restera probablement la monnaie internationale dominante dans un avenir prévisible. Le dollar est enterré à peu près une fois par décennie, et il a pris l’habitude d’assister à la cérémonie.

Qu’est-ce que cela change pour un épargnant ?

Moins que les titres ne le suggèrent, et pas dans le sens attendu. Ce qui touche un portefeuille d’une année sur l’autre, c’est le cours du dollar, pas son statut.

Le lien le plus direct passe par les actifs risqués. Dans sa vidéo YouTube du 24 août 2026, Jonathan Nowak le formulait ainsi : « si le dollar baisse, et bien il est fort probable que ça aide les cryptos à monter ». Il parle là du cours, sur quelques mois, et d’une probabilité. Ce mécanisme, où un dollar fort resserre les conditions financières mondiales, relève de la liquidité mondiale et non d’un changement d’ordre monétaire.

Sur le temps long, la dédollarisation enseigne surtout une chose, que les banques centrales appliquent à leur échelle : ne pas dépendre d’un seul émetteur. Elles n’ont pas vendu leurs dollars pour une autre monnaie, elles ont ajouté de l’or et une poignée de devises. C’est la logique décrite dans la diversification par cycles décalés, appliquée à des réserves nationales.

Ces éléments sont éducatifs. Ils ne disent pas quelle part d’or, de dollars ou d’euros convient à une épargne donnée.

Quelles sont les limites de ces chiffres ?

Les statistiques monétaires mesurent ce qui est déclaré, avec retard. Quatre réserves s’imposent.

  • Une partie des réserves échappe aux statistiques. Les données COFER reposent sur des déclarations volontaires, le FMI estime lui-même la répartition d’environ 7 % du total, et le World Gold Council juge qu’une part importante des achats d’or n’est pas déclarée.
  • Les parts dépendent des cours. Un or plus cher ou un dollar plus faible modifient les pourcentages sans qu’aucune décision ait été prise.
  • Les circuits alternatifs se voient mal. Le commerce réglé en yuans ou en roubles entre pays sous sanctions passe en partie hors des réseaux qui publient des chiffres.
  • Une rupture reste possible. Les monnaies de réserve ont déjà changé dans l’histoire, la livre sterling a cédé sa place au dollar au XXe siècle. Cela a pris des décennies, et deux guerres mondiales.

Mythe ou basculement : que permettent de dire les données ?

Ni l’un ni l’autre. Parler de mythe, c’est ignorer quatorze points perdus dans les réserves et des achats d’or qui, de 2022 à 2024, ont dépassé le double de leur moyenne de 2010-2021. Parler de basculement, c’est ignorer que neuf transactions de change sur dix passent toujours par le dollar et que la finance crypto l’exporte plus loin qu’il n’était jamais allé.

Les données décrivent un monde qui garde le dollar pour commercer et s’en remet un peu moins à lui pour épargner. La distinction entre un événement qui fait la une et une tendance qui s’étale sur plus de vingt-cinq ans est celle que trace la grille choc ou changement de régime. Les autres pièces de la mécanique monétaire sont rassemblées dans le pilier Macro & liquidité.

⚠️ Contenu à visée éducative et informative. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé ni une incitation à acheter ou vendre un actif. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Investir dans les crypto-actifs comporte un risque de perte partielle ou totale du capital.

Questions fréquentes

La dédollarisation, c'est quoi ?

C'est la baisse durable de l'usage du dollar dans le monde : dans les réserves des banques centrales, dans le commerce, dans les paiements et dans la dette. Le mot recouvre donc plusieurs réalités. Le dollar peut reculer dans les réserves, où il est passé de 71 % en 1999 à 56,7 % mi-2026, tout en restant présent dans près de neuf transactions de change sur dix.

Le dollar va-t-il perdre son statut de monnaie de réserve ?

Rien dans les données ne l'indique à court terme. Sa part dans les réserves baisse lentement, d'environ un demi-point par an depuis 1999, et aucune monnaie ne s'impose à sa place : l'euro stagne autour de 20 %, le yuan autour de 2 %. La Réserve fédérale estime que le dollar restera probablement la monnaie internationale dominante dans un avenir prévisible.

Les BRICS ont-ils créé une monnaie commune ?

Non. Les déclarations des sommets de Rio en 2025 et de New Delhi en septembre 2026 encouragent les règlements en monnaies locales et les travaux sur des systèmes de paiement, sans créer de monnaie commune. Les membres ont des économies, des régimes de change et des intérêts trop différents pour partager une banque centrale.

Pourquoi les banques centrales achètent-elles de l'or ?

Pour détenir un actif qui ne dépend d'aucun émetteur et qu'aucun État ne peut geler. Le rythme a plus que doublé après 2022, année où les réserves de la banque centrale russe ont été immobilisées : 1 092 tonnes achetées en 2024, contre 473 tonnes par an en moyenne de 2010 à 2021, selon le World Gold Council.

Un dollar qui baisse, est-ce de la dédollarisation ?

Non, ce sont deux choses différentes. Le cours du dollar varie d'une année sur l'autre : il a perdu plus de 10 % au premier semestre 2025, sa plus forte baisse depuis 1973 selon le FMI, puis a regagné une partie de ce terrain en 2026. La dédollarisation concerne l'usage de la monnaie, qui évolue sur des décennies.

La dédollarisation est-elle favorable au bitcoin ?

Le lien n'est pas établi. Ce que l'on observe, c'est une relation entre le cours du dollar et les cryptomonnaies : les phases de dollar fort ont souvent coïncidé avec des cryptos sous pression. C'est une corrélation, variable selon les périodes. Quant aux banques centrales qui diversifient leurs réserves, elles se tournent aujourd'hui vers l'or.

Et vous, où partent votre temps et votre argent ?

Dix questions, une minute. À la fin, une analyse bâtie sur vos réponses — pas un document type que tout le monde reçoit.

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