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Stagflation : définition, leçons de 1970, effets en Bourse

Par Jonathan Nowak · Publié le 16 octobre 2026 · Mis à jour le 16 octobre 2026 · 10 min de lecture

✅ Ce qu'il faut retenir
  • La stagflation réunit deux maux que l'on croyait incompatibles : des prix qui montent vite et une économie qui cale, avec un chômage en hausse. Le mot date du 17 novembre 1965 (Iain Macleod, Chambre des communes).
  • Aux États-Unis, l'inflation a atteint 12,3 % sur un an en décembre 1974, puis 14,8 % en mars 1980 ; le chômage a culminé à 10,8 % fin 1982 (Bureau of Labor Statistics, Federal Reserve History).
  • Le S&P 500 a perdu 48 % entre janvier 1973 et octobre 1974. En 2022, lors du dernier grand épisode d'inflation, actions et obligations américaines ont reculé la même année : −19,4 % et environ −13 %.
  • L'or est passé de 35 dollars l'once en 1971 à 850 dollars le 21 janvier 1980, avant de retomber à 296,75 dollars en juin 1982 : un refuge pendant la crise, suivi d'une chute de près des deux tiers.
  • Au 11 octobre 2026, l'inflation américaine est à 3,4 % (août) et le chômage à 4,2 % (septembre) : la moitié « inflation » du mot est présente, la moitié « stagnation » ne l'est pas dans les chiffres publiés.

La stagflation, c’est une inflation forte et une économie à l’arrêt en même temps, deux maux que les manuels ont longtemps jugés incompatibles. Les États-Unis l’ont vécue de 1973 à 1982 : l’inflation y a atteint 14,8 % sur un an en mars 1980 et le chômage 10,8 % fin 1982 (Bureau of Labor Statistics). Les marchés redoutent ce régime pour une raison précise : la banque centrale n’a aucun bon geste à sa disposition, et les actions comme les obligations peuvent y baisser ensemble.

Qu’est-ce que la stagflation ?

La stagflation est une situation économique où les prix montent vite pendant que l’activité stagne et que le chômage augmente. Le mot colle deux termes, stagnation et inflation, et désigne leur présence simultanée.

Stagflation : la stagflation est un régime économique qui combine une inflation élevée, une croissance faible ou nulle et un chômage en hausse.

Le terme a une date de naissance. Le 17 novembre 1965, à la Chambre des communes, le député conservateur britannique Iain Macleod décrit l’état de son pays :

« Nous avons maintenant le pire des deux mondes : pas seulement l’inflation d’un côté ou la stagnation de l’autre, mais les deux ensemble. Nous avons une sorte de situation de “stagflation”. » — Iain Macleod, Hansard, 17 novembre 1965

Deux conditions, donc, et il faut les deux. Une inflation élevée dans une économie qui tourne à plein régime n’est pas une stagflation. Une économie en panne avec des prix sages non plus. Cette précision paraît scolaire ; elle évite pourtant la plupart des contresens, car le mot est souvent brandi dès que l’essence augmente.

Dans la grille des quatre régimes économiques, la stagflation occupe la case « croissance en baisse, inflation en hausse ». Cet article détaille cette seule case : son mécanisme, son précédent historique et ce qu’elle a fait aux marchés.

Pourquoi la stagflation est-elle si redoutée ?

Parce qu’elle prive la banque centrale de son outil habituel. Monter les taux combat l’inflation mais freine une économie déjà faible ; les baisser soutient l’activité mais nourrit la hausse des prix. Quel que soit le geste, il aggrave l’un des deux problèmes.

Imaginez une voiture dont le moteur surchauffe en pleine côte. Lever le pied refroidit le moteur, mais la voiture cale. Appuyer évite de caler, mais l’aiguille de température grimpe. Le conducteur n’a pas de troisième pédale. L’image a sa limite : une côte finit toujours par s’arrêter, alors qu’une stagflation peut durer des années tant que personne ne tranche.

En temps normal, ce dilemme n’existe pas. Quand l’économie surchauffe, l’inflation monte et la banque centrale freine. Quand l’économie ralentit, l’inflation retombe et elle relâche. Les économistes des années 1960 en avaient tiré une règle, la courbe de Phillips, selon laquelle un peu plus d’inflation permettait d’obtenir durablement un peu moins de chômage.

Courbe de Phillips : la courbe de Phillips est une relation statistique, observée par l'économiste A. W. Phillips en 1958, entre un chômage bas et une hausse rapide des salaires, étendue ensuite aux prix.

Edmund Phelps en 1967, puis Milton Friedman en 1968, avaient prévenu que cet arbitrage ne tiendrait pas : une fois que les ménages et les entreprises anticipent l’inflation, il en faut toujours plus pour le même effet sur l’emploi (Federal Reserve History, « The Great Inflation »). Les années 1970 leur ont donné raison, aux frais de tout le monde.

Le rôle de la banque centrale et la façon dont elle fixe ses taux sont détaillés dans l’article sur le taux directeur de la Fed.

Que s’est-il passé pendant la stagflation des années 1970 ?

Les États-Unis ont connu une inflation à deux chiffres et trois récessions en moins de dix ans. En 1964, l’inflation dépassait à peine 1 % par an et le chômage tournait autour de 5 %. Dix ans plus tard, l’inflation passait 12 % et le chômage 7 % (Federal Reserve History).

Le déclencheur le plus visible est pétrolier. L’embargo décidé le 19 octobre 1973 par les pays arabes exportateurs fait passer le baril de 2,90 dollars à 11,65 dollars en janvier 1974, soit un prix multiplié par quatre. L’inflation américaine atteint 12,3 % sur un an en décembre 1974, en pleine récession. En 1979, la révolution iranienne provoque un second choc, et l’inflation culmine à 14,8 % en mars 1980 (Bureau of Labor Statistics).

Le pétrole n’explique pas tout. La Federal Reserve History, le site d’histoire de la banque centrale américaine, rapporte le jugement d’un économiste qui y voit le plus grand échec de la politique macroéconomique américaine de l’après-guerre : la monnaie est restée trop abondante trop longtemps, et les anticipations d’inflation se sont installées dans les salaires et les prix.

La sortie a été brutale. Paul Volcker prend la tête de la Fed en août 1979 et annonce un changement de méthode le 6 octobre 1979. Le taux directeur grimpe jusqu’à un record de 20 % fin 1980. S’ensuit une récession de juillet 1981 à novembre 1982, avec un chômage à 10,8 %. L’inflation, elle, retombe à 3,8 % sur un an en décembre 1982. Le remède a fonctionné, et personne n’a eu envie d’y regoûter.

DateInflation sur un an (CPI)Taux de chômageLecture
Décembre 197412,3 %7,2 %Stagflation : les deux conditions sont réunies
Été 1980près de 14,5 %plus de 7,5 %Stagflation, second choc pétrolier
Juin 20229,1 %3,6 %Inflation forte, mais emploi solide
Août-septembre 20263,4 %4,2 %Inflation au-dessus de la cible, emploi stable

Sources : Bureau of Labor Statistics pour le CPI et le chômage ; Federal Reserve History pour l’été 1980. Données 2026 relevées le 11 octobre 2026 (CPI d’août, chômage de septembre).

Stagflation et Bourse : pourquoi actions et obligations baissent-elles ensemble ?

Parce que la stagflation attaque les deux à la fois : la croissance faible réduit les bénéfices des entreprises, et l’inflation fait monter les taux, ce qui fait baisser le prix des obligations déjà émises. Le portefeuille classique perd alors son amortisseur.

D’ordinaire, les obligations compensent une partie des pertes des actions : quand l’économie ralentit, les taux baissent et les obligations s’apprécient. En stagflation, ce mécanisme se retourne. Une obligation verse un coupon fixe ; si les prix montent de 12 % par an, ce coupon achète chaque année un peu moins. Et quand la banque centrale relève ses taux, les nouvelles obligations rapportent davantage, donc les anciennes se revendent moins cher.

Deux épisodes donnent la mesure. Entre janvier 1973 et octobre 1974, le S&P 500 a perdu 48 % en vingt et un mois, un épisode décrit dans l’anatomie des grands krachs boursiers. En 2022, quand l’inflation américaine a atteint 9,1 % en juin, le S&P 500 a terminé l’année en baisse de 19,4 % et l’indice obligataire Bloomberg US Aggregate d’environ 13 %, sa pire année depuis sa création dans les années 1970.

L’épisode de 2022 mérite une nuance : le chômage américain était alors à 3,6 %, donc la condition « chômage en hausse » manquait. Le mot a beaucoup circulé cette année-là, mais ce n’était pas une stagflation au sens strict retenu ici. L’épisode montre pourtant que la moitié « inflation » suffit à faire tomber actions et obligations la même année. Une perte de cet ordre pèse longtemps, pour une raison arithmétique expliquée dans l’asymétrie des pertes.

Stagflation et or : que montre l’historique ?

L’or a fortement monté pendant la stagflation des années 1970, puis a rendu une grande partie de cette hausse dès que l’inflation a été vaincue. L’historique montre un refuge efficace pendant la crise, suivi d’une chute sévère.

Jusqu’au 15 août 1971, l’once d’or vaut officiellement 35 dollars : c’est le système de Bretton Woods, qui rattache le dollar au métal. Une fois ce lien rompu, le prix devient libre. Le 21 janvier 1980, l’once atteint 850 dollars au fixing de Londres, soit environ vingt-quatre fois son ancien prix officiel.

La suite est moins souvent racontée. Le 21 juin 1982, l’once ne vaut plus que 296,75 dollars au fixing de Londres, une baisse d’environ 65 % depuis le sommet. Entre-temps, la Fed avait porté ses taux à 20 % : quand un placement sans risque rapporte autant, un métal qui ne verse aucun revenu perd beaucoup de son attrait.

Trois réserves s’imposent avant d’en tirer une règle. Le point de départ était un prix administré, maintenu artificiellement bas pendant des décennies, ce qui gonfle la performance. Il n’existe qu’un seul grand épisode de stagflation dans l’histoire moderne des pays développés, donc un échantillon d’un cas. Et l’acheteur de janvier 1980 a attendu des décennies avant de revoir son prix. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et cet historique n’est pas une recommandation.

Sommes-nous en stagflation en octobre 2026 ?

D’après les chiffres publiés au 11 octobre 2026, non : l’inflation américaine dépasse la cible de la Fed, mais l’emploi ne se dégrade pas. Une seule des deux conditions est remplie.

Côté prix, le CPI américain progresse de 3,4 % sur un an en août 2026, avec une énergie en hausse de 16,3 % et une essence à +27,4 %. Hors énergie et alimentation, l’inflation est à 2,4 % (Bureau of Labor Statistics, publication du 11 septembre 2026). La hausse vient donc surtout du pétrole. La Fed a d’ailleurs relevé son taux directeur le 16 septembre 2026, à 3,75-4,00 %.

Côté activité, le taux de chômage est de 4,2 % en septembre 2026, contre 4,4 % un an plus tôt (Bureau of Labor Statistics). Les créations d’emplois sont faibles, 29 000 en septembre, mais le PIB a progressé de 2,2 % en rythme annuel au deuxième trimestre (Bureau of Economic Analysis). On est loin des 7,2 % de décembre 1974.

Ce qui ne veut pas dire que le sujet est clos. Un pétrole cher met des mois à se diffuser dans les prix, puis dans l’activité : c’est le décalage entre pétrole et inflation. Dans une analyse publique du 8 juin 2026 sur sa chaîne YouTube, Jonathan Nowak rangeait la stagflation, aux côtés du choc pétrolier, parmi les scénarios de risque, en la définissant comme « une inflation haute ou qui croît » accompagnée d’« une baisse de la croissance, voire une décroissance ». La logique tient en une chaîne : pétrole, puis inflation, puis taux.

Pour suivre la question vous-même, deux familles de chiffres suffisent : l’inflation (CPI et PCE) d’un côté, l’emploi et l’activité de l’autre. Leur calendrier et leur effet sur la banque centrale sont expliqués dans Inflation, emploi, Fed : ce qui fait bouger les marchés. Le CPI de septembre, prévu au calendrier du BLS pour le 14 octobre 2026, n’est pas intégré à ce relevé ; il peut modifier la photo donnée ici.

Quelles sont les limites de cette grille de lecture ?

Le mot « stagflation » n’a pas de seuil officiel, et c’est sa principale faiblesse. Aucun organisme ne déclare une stagflation comme le NBER date une récession américaine. Chacun place la barre où il veut, ce qui explique que le terme revienne dans les titres à chaque flambée du baril.

Les statistiques arrivent en retard et sont révisées. Le chômage, en particulier, est un indicateur retardé : il monte une fois le ralentissement installé. Une économie peut donc entrer en stagflation plusieurs mois avant que les chiffres ne le montrent, ou sembler y entrer puis repartir.

Enfin, le précédent des années 1970 est unique. La comparaison éclaire le mécanisme, elle ne prédit ni la durée ni l’ampleur d’un épisode futur, et les réactions passées de l’or ou des actions ne se reproduisent pas à l’identique.

Reste le test en deux questions. Les prix montent-ils nettement plus vite que la cible de 2 % ? L’activité et l’emploi reculent-ils en même temps ? Tant que la réponse n’est pas « oui » deux fois, le mot décrit une crainte plus qu’un état de l’économie.

⚠️ Contenu à visée éducative et informative. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé ni une incitation à acheter ou vendre un actif. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Investir dans les crypto-actifs comporte un risque de perte partielle ou totale du capital.

Questions fréquentes

La stagflation, c'est quoi en termes simples ?

C'est une période où les prix montent vite alors que l'économie n'avance plus et que le chômage augmente. D'habitude, l'inflation accompagne une économie en surchauffe et recule quand l'activité ralentit. La stagflation casse cette règle : on subit les deux problèmes à la fois. Le mot, contraction de stagnation et inflation, a été lancé en 1965 par le député britannique Iain Macleod.

Quelle est la différence entre stagflation et récession ?

Une récession est un recul de l'activité, qui s'accompagne le plus souvent d'un ralentissement des prix. Une stagflation combine une activité en panne et une inflation élevée. La différence change tout pour la banque centrale : en récession classique, elle peut baisser ses taux pour relancer ; en stagflation, baisser les taux risque de nourrir l'inflation.

Qu'est-ce qui a causé la stagflation des années 1970 ?

Deux causes se sont additionnées. Les chocs pétroliers d'abord : l'embargo d'octobre 1973 a fait passer le baril de 2,90 à 11,65 dollars en janvier 1974, puis la révolution iranienne de 1979 a provoqué une seconde flambée. Une politique monétaire trop souple ensuite, fondée sur l'idée qu'un peu plus d'inflation achetait durablement un peu moins de chômage (Federal Reserve History).

Comment la stagflation des années 1970 a-t-elle pris fin ?

Par une hausse massive des taux d'intérêt. Sous la présidence de Paul Volcker, la Réserve fédérale a changé de méthode le 6 octobre 1979 et laissé son taux directeur grimper jusqu'à un record de 20 % fin 1980. L'inflation est retombée à 3,8 % en décembre 1982, au prix d'une récession de seize mois et d'un chômage à 10,8 % (Federal Reserve History, BLS).

Pourquoi la Bourse souffre-t-elle en période de stagflation ?

Parce que les deux moteurs des actions se grippent ensemble. La croissance faible pèse sur les bénéfices, et la hausse des taux décidée contre l'inflation réduit le prix que les investisseurs acceptent de payer pour ces bénéfices. Entre janvier 1973 et octobre 1974, le S&P 500 a perdu 48 %. Les obligations classiques souffrent aussi, puisque leurs coupons fixes perdent du pouvoir d'achat.

L'or protège-t-il de la stagflation ?

Dans les années 1970, oui, et de façon spectaculaire : l'once est passée de 35 dollars en 1971 à 850 dollars le 21 janvier 1980. Mais elle est retombée à 296,75 dollars en juin 1982, une fois l'inflation attaquée par des taux élevés. L'or a donc joué son rôle pendant la crise, avec une très forte volatilité, et ce comportement passé ne garantit rien pour l'avenir.

Les États-Unis sont-ils en stagflation en 2026 ?

Pas d'après les chiffres publiés au 11 octobre 2026. L'inflation atteint 3,4 % sur un an en août, tirée par une énergie en hausse de 16,3 %, mais l'inflation hors énergie et alimentation est à 2,4 % et le chômage à 4,2 % en septembre (Bureau of Labor Statistics). La partie inflation est là ; la partie stagnation n'apparaît pas dans ces données, qui peuvent évoluer.

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